lundi 29 août 2011
dimanche 28 août 2011
La Belle Amour Humaine
"Laissez les choses à leur mystère. Maintenant que je ne vois plus, je ne trouve meilleur usage de ma présence au monde que de regarder par la fenêtre. Oui, deux hommes sont morts, deux maisons ont brûlé. Mais est-ce là le plus important ! Un jour, vous aussi vous mourrez. Quand viendra l'heure, posez-vous la question qui compte : "Ais-je fait un bel usage de ma présence au monde ?" Si la réponse est non, ce sera trop tard, pour vous plaindre comme pour changer. Alors, n'attendez pas. Les circonstances de la mort n'offrent pas de clé pour comprendre. La mort demeure pour le vivant la plus banale des occurrences, la seule qui soit inévitable. La mort ne nous appartient pas, puisqu'elle nous précède. Mais la vie..."
Sur une île des Caraïbes, dans un taxi qui la mène à un village côtier, Anaïse, en quête de ses origines écoute patiemment parler son guide qui la met face à sa filiation, loue son village, digresse et philosophe. Peu d'actions pour ce récit, mais une vision du monde dans sa globalité, humaine et piquante. Une ode à la simplicité, à la sagesse populaire, à la générosité et à la beauté, à ces détails qui, lorsqu'on sait les voir, nous procurent beaucoup de bonheur. Ce livre est aussi une parabole sur cette entité, ce village qui rend justice aux belles âmes, à ses habitants solidaires qui pourraient être des personnages d'un tableau de Millet ou de Courbet, sauf qu'ici ce tableau a pour titre La belle amour humaine. Un peu de naïveté, de la subtilité et une question pénétrante et récurrente, quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?
Loin des clichés de l'île d'Haïti -sans qu'elle ne soit jamais citée- et de la complaisance à décrire la misère humaine, Lyonel Trouillot nous offre un long chant profondément ancré dans la bienveillance, la douceur du monde, tout en pointant du doigt la violence des villes, la corruption. Il nous amène dans des territoires abyssaux, dans un style poétique, imagé, parfois acerbe mais ce que l'on retient, c'est cet énorme talent, cette immense qualité littéraire et ces diverses pistes de réflexion. Une musique contemplative, lyrique et richissime.
J'ai trouvé ce texte bouleversant. Je crois même que c'est la première fois qu'un auteur français me touche autant et je crois savoir pourquoi. Lyonel Trouillot est francophone et manie la langue avec ses possibilités non soupçonnées, son altruisme, ses tripes et sa singularité.
La lecture de ce roman fut un moment de grâce, de vagabondage d'esprit et de bonté.
La belle amour humaine, Lyonel Trouillot éd. Actes Sud 17 €
Rue des pas-perdus, Lyonel Trouillot éd. Babel 6,50 €
mercredi 24 août 2011
La guerre niqua et le peintre s'exprima
"Toutes ces choses qu'on ne voit pas. Tout ce qui palpite sans figurer sur les images, ce qu'on éprouve avec force et qui se refuse à nos sens premiers. Et dont on voudrait tellement témoigner pourtant".
D'une part, le chef-d'oeuvre de Picasso qui rend compte de la tragédie de Guernica, symbole de l'horreur, représentant le massacre du peuple espagnol par l'armée franquiste, le 26 avril 1937. D'autre part et surtout, le tableau particulier de Basilio, peintre amateur, assez naïf et témoin des bombardements des Nationalistes, figurant un héron cendré. Deux visions d'un même fait historique. L'un absent, l'autre présent.Ce livre magnifique se focalise sur l'essence même de l'art. Pour notre protagoniste, la peinture témoigne du vivant invisible, de l'impalpable, d'une réalité différente de celle contenue dans les livres d'Histoire. Tel est le pouvoir de l'art, l'exploration des profondeurs, vibrantes, insaisissables impliquant un regard insoumis. L'art comme arme, l'art comme survie.
Antoine Choplin invoque notre imaginaire avec une écriture très visuelle, claire, faite de phrases courtes, poétique sans jamais être lyrique, pour ainsi donner corps à ce récit aux arômes végétaux, aquatiques et poivrés.
UN TEXTE BRILLANT !
Le héron de Guernica, Antoine Choplin éd. La Brune au Rouergue 16 €
vendredi 19 août 2011
dimanche 7 août 2011
"C'est sa Voix, Poussière Brûlée"*
"Oui, je les y amènerai. Mes enfants verront les steppes et les savanes du Sud, ils humeront le plateau mandingue, la falaise de Tamboura, ils étancheront leur soif sur le rivage de Falémé. La plaine de Diourou et le pays Dogon les accueilleront. Fils du peuple, ils s'enivreront sur les murailles de Bandiagara, là où Amadou Hampaté Bâ a laissé son empreinte. Ils fouleront le sol de Macina des Peuls, fierté contée à la fillette, dont le rêve s'épanche en Occident. Ils seront initiés au bambara, au roulement de l'erg dans l'adrar des Iforas. Une dune leur servira de nid un soir de retraite, quand ils se sentiront perdus avec leurs deux cultures. Je leur montrerai ma terre, celle de leurs ancêtres, sur laquelle on leur contera la légende des Cissé. Ils sauront d'où ils viennent et lèveront la tête chaque fois qu'on leur fera croire qu'ils ne sont rien. Sûr, je vous y amènerai."
Cette voix, c'est celle de Khadi Hane à travers son personnage, Khadîdja Cissé. Née au Mali, mère de quatre enfant, Khadîdja vit à l'intérieur d'un immeuble dans le quartier de Château-Rouge à Paris, où fleurent cancans, mafé, boubous. Tout ce petit monde s'acharne sur notre protagoniste qui, allant contre la tradition, s'est offerte à un Blanc avec lequel elle a eu un enfant. Le chef de Sonacottra, ses voisines, l'assistante sociale et ses propres enfants jugent et condamnent la relation et les actes de cette femme pour autant libre.
Un livre choc, court. La tranche de vie d'une malienne partagée entre deux cultures, entre deux pays. On parle dans ce livre d'un cas singulier mais aussi de la vie survoltée d'un quartier, celui de Château-Rouge, le ghetto des maliens sans papiers. Un livre qui frappe, qui réveille, qui indigne et qui vous touchera, je l'espère. Un livre engagé qui insulte les croyances instaurées par une société patriarcale qui sangle la femme malienne. La pauvreté et la faim, autres sujets sensibles rendent, quelquefois, la lecture de ce récit douloureux mais Khadi Hane sème son humour là où il faut pour ne pas le faire pencher du côté du misérabilisme. C'est un femme puissante, forte, intelligente et émancipée qui soulève avec panache les problèmes de l'émigration du point de vue du désenchantement.
Un livre à glisser dans la poche de tous les cons.
J'AI ADORÉ CE ROMAN FRANCAIS ENGAGÉ, FOURMILLANT ET FERTILE !
*Paroles de la chanson Noir et Blanc, Bernard Lavilliers
Vous aimerez:
- Eldorado, Laurent Gaudé éd. Babel 7,50 €
- Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda éd. Liana Levi 15 €
Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane éd. Denoël 14,50 €
Sur les traces d'Amkoullel, l'enfant peul, Amadou Hampâté Bâ éd. Babel 7,50 €
Château rouge, Abd Al Malik, CD Barclay
Sur les traces d'Amkoullel, l'enfant peul, Amadou Hampâté Bâ éd. Babel 7,50 €
Château rouge, Abd Al Malik, CD Barclay
samedi 6 août 2011
On the Road Again !
"Dans mon pick-up, j'ai été pris d'une toux qui ne passait pas. J'ai eu des haut-le-coeur en mettant le moteur en marche, et j'ai laissé tomber un mince filet de bile sur le siège. J'ai dépassé deux voitures de sécurité en rejoignant l'autoroute. Je savais que le passé n'était pas réel. Il n'étais plus qu'une idée ; et cette chose que j'avais voulu toucher et effleurer, cette sensation que je n'arrivais pas à nommer, n'existait tout simplement pas. Elle aussi n'était qu'une idée.
Je suppose qu'il faut être très prudent dans la façon dont on se sert de ses souvenirs.
Le problème, c'était qu'une fois que je m'étais avoué cela, tout ce qui m'était un jour arrivé me paraissait toujours aussi important, et même plus qu'avant. C'est le genre de chose qu'on a achetée au prix de sa vie."
Galveston représente "une longue histoire peuplée d'orphelins". Roy Gary, ancien cow-boy sur le déclin vit semble-il paisiblement, entre petit boulot pour son boss Cecil, Sage, son chien et ses bouquins. Pourtant, quand il revient sur son passé tout ne fut pas si calme. A la Nouvelle-Orléans, ancien homme de main pour des ritals, Roy est pris au piège dans un guet-apens qu'il va réussir à déjouer, en tuant et fuyant, emmenant dans sa course, une pute et la petite Tiffany. De motels en règlements de compte, notre trio infernal laisse entrevoir toute une humanité faite de fêlures, une Amérique hors-norme, noire, effrayante et attachante. Un road-movie comme je les aime, intelligent, bien écrit, avec des personnages dignes de se retrouver dans les plus grands westerns.
Un coup de coeur pour cette cavale sanglante et rythmée au propos profond, au langage brut. Tout simplement GÉNIAL !
Vous aimerez :
- Rafael, derniers jours, Gregory McDonald éd. 10/18 7 €
- Outside Valentine, Liza Ward éd. 10/18 7,90 €
- Putain d'Olivia, Mark safranko éd. 13e Note 19 €
- Régime sec, Dan Fante éd. 13e Note 19 €
- Sur la route, Jack Kerouac éd. Folio 7,80 €
- Las Vegas parano, Hunter S. Thompson éd. Folio 6,20 €
- Sur la route, Jack Kerouac éd. Folio 7,80 €
- Las Vegas parano, Hunter S. Thompson éd. Folio 6,20 €
Galveston, Nic Pizzolatto éd. Belfond 19 €
jeudi 4 août 2011
Enfermés Dehors
"J'écoute très fort. L'air froid entre dans la Chambre. Si je sortais la tête de Petit Dressing, il y aurait Madame Porte en train de s'ouvrir et je parie que je pourrais voir les étoiles, les vaisseaux, les planètes et aussi les extraterrestres qui foncent dans leurs ovnis. J'aimerais tellement-tellement les voir."
Jack, qui vient de fêter ses cinq ans, est différent des autres enfants . Malgré des préoccupations certes similaires, Jack fait preuve d'une précocité impressionnante. Depuis sept ans, Jack vit seul avec sa mère, séquestré par Grand Méchant Nick dans ce qu'il appelle une Chambre. Une histoire à la Natacha Kampusch, sauf que des viols, naît un garçon que la mère tente de protéger du mieux qu'elle peut en instaurant un microcosme. Une sphère où l'enfant va laisser libre cours à son imagination, une sphère peuplée d'objets prenant vie, de jeux, auxquelles s'ajoutent des règles et des rites. Jack ne se rend pas compte de l'abomination de la situation puisqu'il ne connaît que cette réalité. Fatiguée de cet enfer, sa mère va mettre au point une stratégie afin qu'ils s'échappent. Jack va faire en sorte que la grande évasion réussisse... cependant... la mère et sont fils vont connaître des difficultés pour s'adapter à leur nouvel environnement. Comment éprouver le monde extérieur ? Comment faire le deuil du passé pour permettre à nos deux miraculés d'avancer ? Beaucoup de questions et beaucoup d'émotions, sans guimauve bien-sûr, pour ce récit délicat sur la survie, la résistance et la résilience.
Jack, qui vient de fêter ses cinq ans, est différent des autres enfants . Malgré des préoccupations certes similaires, Jack fait preuve d'une précocité impressionnante. Depuis sept ans, Jack vit seul avec sa mère, séquestré par Grand Méchant Nick dans ce qu'il appelle une Chambre. Une histoire à la Natacha Kampusch, sauf que des viols, naît un garçon que la mère tente de protéger du mieux qu'elle peut en instaurant un microcosme. Une sphère où l'enfant va laisser libre cours à son imagination, une sphère peuplée d'objets prenant vie, de jeux, auxquelles s'ajoutent des règles et des rites. Jack ne se rend pas compte de l'abomination de la situation puisqu'il ne connaît que cette réalité. Fatiguée de cet enfer, sa mère va mettre au point une stratégie afin qu'ils s'échappent. Jack va faire en sorte que la grande évasion réussisse... cependant... la mère et sont fils vont connaître des difficultés pour s'adapter à leur nouvel environnement. Comment éprouver le monde extérieur ? Comment faire le deuil du passé pour permettre à nos deux miraculés d'avancer ? Beaucoup de questions et beaucoup d'émotions, sans guimauve bien-sûr, pour ce récit délicat sur la survie, la résistance et la résilience.
Un excellent roman pour sa qualité d'écriture -un roman des mots et du mal- avec une grande charge émotionnelle, inventif et empathique. Vous n'en ressortirez pas indemne (eh oui, j'avoue, je me suis allée à y laisser quelques larmes).
Un livre dont on va sûrement parler à la rentrée, au même titre que Purge de Sofi Oksanen, en 2010.
Room, Emma Donoghue, éd. Stock 21,50 €
Un livre dont on va sûrement parler à la rentrée, au même titre que Purge de Sofi Oksanen, en 2010.
Room, Emma Donoghue, éd. Stock 21,50 €
lundi 1 août 2011
Mécanique du Vide
Difficile d'enchaîner sur un autre livre lorsque la lecture du précédent vous a séduite. Le pied mécanique m'est tombé des mains. Le sujet me paraissait intéressant - l'histoire absurde d'un yuppie, jeune avocat avide qui ne contrôle plus ses jambes, et qui ne peut s'empêcher de marcher, marcher. Imaginez-vous la gêne occasionnée ! La drôlerie n'est même pas exploitée. Sujet déjà traité maintes et maintes fois -la critique de cette classe sociale que comptent les cadres américains, trader ou agent, froids, ambitieux et impitoyables, ayant soif d'aller toujours plus haut- c'est juste la manière de l'aborder qui semble plus originale. Cependant, je préfère des textes plus cinglants, comme ont pu les écrire Bret Easton Ellis, Chuck Palahniuk, Jonathan Franzen, Jay McInerney. J'ai lu les 100 premières pages et les 2 dernières. Il m'était impossible de continuer et j'ai donc stopper net la lecture de ce roman.
ENNUYEUX !
Préférez au Pied Mécanique :
- Trente ans et des poussières, Jay McInerney éd. Points 8 €
- Les corrections, Jonathan franzen éd. Points 8,50 €
- American Psycho, bret Easton Ellis éd. 10/18 10 €
- L'intrusion, Adam Haslett éd. Gallimard 21 €
- Cosmopolis, Don Delillo éd. Babel 7,50 €
- L'état des lieux, Richard Ford éd. Points 9 €
Préférez au Pied Mécanique :
- Trente ans et des poussières, Jay McInerney éd. Points 8 €
- Les corrections, Jonathan franzen éd. Points 8,50 €
- American Psycho, bret Easton Ellis éd. 10/18 10 €
- L'intrusion, Adam Haslett éd. Gallimard 21 €
- Cosmopolis, Don Delillo éd. Babel 7,50 €
- L'état des lieux, Richard Ford éd. Points 9 €
Le pied mécanique, Joshua Ferris, éd. JC Lattès 22 €
dimanche 31 juillet 2011
Le Turquetto ou la Renaissance d'un Rat
![]() |
| Portrait de Francesco Donato, Titien |
Le maître savait décrire les passions et les émotions comme personne. Il ne les apaisait pas. Il les exacerbait. C'était la peinture des passions faite par un homme capable de les dominer. Fort et sûr de lui. Le maître était une forteresse.
Elie cherchait autre chose. Une peinture qui accueille et rassure."
1531. Constantinople. Elie Soriano, né de famille espagnole juive, fuit la ville, en masquant son identité. On le retrouve quarante ans plus tard, à Venise, devenu un peintre reconnu mais discret. Le Turquetto, qui fut élève du Titien, peint le chef-d'oeuvre de sa vie, une cène emprunte d'humanité, d'humilité, louant la gloire de Venise, rassemblant disegno et colorito, puisant dans les racines du christianisme. Ce juif, qui concentre en lui cette universalité religieuse touchante et rare, né en terre musulmane, ayant vécu dans une ville catholique en pleine période d'inquisition, voit son destin basculer alors qu'il se trouve au sommet de sa gloire. Découvrant sa véritable identité, l'inquisiteur le condamne pour hérésie. Le procès va prendre une tournure théologique, un combat sans merci. Mais l'histoire ne s'arrête pas là... Je vous laisse découvrir la suite de ce texte magnifique, un opéra baroque en quatre actes, savamment orchestré par maestro Metin Arditi.![]() |
| L'homme aux gants,Titien.1923 |
Un gros coup de coeur pour ce livre généreux et foisonnant !
Le turquetto, Metin Arditi éd. Actes Sud 19,50 €
vendredi 29 juillet 2011
Terezin Plage, Dommage !
Terezin Plage est un énième roman sur la deuxième guerre mondiale. Nous y rencontrons Daniel Faigel, médecin dans le camp de Theresienstadt, colonie juive modèle, mais qui en réalité se trouve être une zone de transit pour les camps d'exterminations. Le roman se construit autour de cette période mais également autour de souvenirs plus anciens, lorsque Daniel était enfant (malheureuse, l'enfance), avec comme point central, une histoire d'amour qui finira mal (malheureuse, l'histoire d'amour).
Bref, Terezin plage accumule les horreurs, entre les SS pas sympas, vulgaires et alcooliques, les juifs malades ou morts, la maman aliénée et la fiancée sur le point de rendre l'âme. Pas de nuances, des descriptions absolument inutiles et du pathos, digne d'un téléfilm sur France 2 ou pire sur TF1 !!
Ce roman avait l'air attirant avec ses deux sélections pour le prix Fnac et le prix européen Chapitre (toujours se méfier des prix). Rien de tout ça, un premier roman à ne pas acheter, ce serait un perte d'argent et de temps.
INUTILE !
Terezin Plage, Morten Brask, éd. Presse de la Cité 20 €
dimanche 24 juillet 2011
Désolations et Drame en Alaska
définition Désolé : attristé, peiné.
"Au petit matin, le vent se leva. Encore noir, dehors. Elle (Irène) resta étendue sur le dos. Elle ne cherchait plus le sommeil. Laissait juste la douleur lui marteler le crâne, s'y laissait flotter, sentait les larmes couler de ses yeux mais n'y attachait aucune émotion particulière. Une sensation globale de tristesse, ou de désespoir, de vide, mais pas ce qu'on pourrait appeler un sentiment. Trop fatiguée pour cela. Attendre que la lumière soit, que la journée commence pour pouvoir enfin se lever et s'activer. Faire quelque chose pour passer le temps."
En Alaska, Gary tente de s'approcher de sa quête d'absolu en construisant une cabane en bois, sur une île, dans la péninsule de Kenai. Sa femme Irène, le suit dans son projet, sans enthousiasme, écrasée par des maux de tête qui la rendent apathique. Au fur et à mesure de l'avancée des travaux, le couple s'effrite, se reprochant mutuellement leurs vies désolantes, faites de frustrations et de non-dits.
Dans ce huis-clos à l'atmosphère glaciale, Rhoda, leur fille spectatrice de ce délitement, se rassure du mieux qu'elle peut dans sa relation avec Jim. Leur fils Mark, quant a lui, s'exclut de cette famille, en vivant en éternel adolescent, lointain et fuyant. Ressentiment, rancoeur et désespoir assaillent ces personnages ancrés dans leurs tourments jusqu'à tomber pour l'un d'entre-eux, dans la folie. Là encore, la construction est admirable, la tension monte lentement et progressivement, la description de cet isolement dans un espace rude et inhospitalier noircit l'intrigue et la psychologie des personnages. Pas de possible embellie pour ces personnages qui trimballent leur peine.
Vous l'aurez bien compris, David Vann nous offre une pépite noire, un ouvrage très sombre, entrecoupé de chapitres plus divertissants -le récit de voyage de pêcheurs ou les parties de jambes en l'air de Jim- où se côtoient les thèmes chers à l'auteur à savoir la solitude, la famille synonyme d'insécurité, la nature extrêmement présente, dominatrice et sauvage. David Vann signe là encore un très grand roman.
J'avais peur d'être déçue par ce nouvel opus vu l'admiration que je porte à Sukkwan Island. Mais Désolations est pour moi, un autre chef-d'oeuvre, certes sans prise de risques, mais tout aussi remarquable. J'ai adoré Désolations et si vous aussi, vous avez aimé Sukkwand Island, vous allez certainement dévoré Désolations, un des livres de la rentrée dont on parlera. Pour moi, la lecture de ces deux ouvrages place leur auteur dans la liste des auteurs phares du XXIe siècle.
Ce qu'en dit la presse :
Tout ce qui a fait de Sukkwan Island un ouvrage si puissant et si justement encensé se trouve ici plus dense et plus profond... Portraits de vies déçues et de rêves brisés, Désolations est plus intense encore que le dernier ouvrage de Jonathan Franzen qui, en comparaison, ressemble à un soap opera.
The Times
Désolations explore des territoires qu'aucun autre roman ne parvient à effleurer. Avec l'exactitude magnifique de sa prose, son regard infaillible pour le détail, David Vann nous transporte en un endroit plus profond, plus originel, bien plus éblouissant de vérité que le monde éclairé par le soleil.
The New York Time Book Review
Boulversant, puissant...Poser ce livre pourrait vous épargner, mais il vous sera impossible d'en arrêter la lecture, tout comme il vous sera impossible d'en refuser la vérité.
Los Angeles Time
Désolations, David Vann éd. Gallmeister 23 € (Parution le 25/08/2011)
Sukkwan Island, David Vann éd. Gallmeister coll. Totem 8 € (Parution le 25/08/2011)
samedi 16 juillet 2011
Des Coches, des Poches : la Millie liste (2)
Les étrangers :
- Soufi mon amour, Elif Shafak éd. 10/18 (Turquie)
- La ferme des Neshov (la suite de Terre des mensonges), Anne B. Ragde éd. 10/18 (Suède)
- L'Antartique, Claire Keegan éd. 10/18 (Irlande)
- La fin, Salvatore Scabona éd. LGF (Italie)
- Vice caché, Thomas Pynchon éd. Points (Etats-Unis)
- Vice caché, Thomas Pynchon éd. Points (Etats-Unis)
- Shim Chong, fille vendue, Hwang Sok-Yong éd. Points (Corée du sud)
- Ru, Kim Thuy éd. Piccolo 7 € (Viêt-Nam)
- Sukkwan Island, David Vann éd. Gallmeister 8 €
- Ru, Kim Thuy éd. Piccolo 7 € (Viêt-Nam)
- Sukkwan Island, David Vann éd. Gallmeister 8 €
Les francophones :
- Antoine et Isabelle, Vincent Borel éd. Points
- Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé éd. J'ai Lu
- Une année étrangère, Brigitte Giraud éd. J'ai Lu
- Le ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis éd. 10/18 (Etats-Unis)
vendredi 15 juillet 2011
Des Pistes, des Livres : la Millie Liste
Voici la liste Top Priorités des livres que je dois lire pour la rentrée. C'est dur. Je sais, j'ai les yeux plus grands que le ventre. A chaque fois, c'est pareil, je vais en laisser un peu... pas trop, j'espère. C'est pour ça que j'en parle, pour mieux digérer la rentrée et ses, combien déjà ? 654 romans français et étrangers qui paraîtront en août et septembre, ou octobre pour quelques-uns !!! Arrêtons le massacre Messieurs les éditeurs, c'est beaucoup trop ! Comment fait le libraire parmi cette accumulation ? Il choisit. Et comment il choisit ? Pour ma part, je sélectionne en faisant un mélange entre expérience et ressenti. Je prends en quantité les auteurs connus et reconnus, les auteurs dont on sait qu'ils auront du succès auprès d'un plus grand nombre, mes auteurs préférés, les romans qui ont pu marquer cette catégorie de représentants lucides et honnêtes -ces tontons que j'adore qui sillonnent la route- et le roman qui nous fait dire, Ah !! celui-ci je sens que je vais l'aimer. Le choix par éditeurs s'applique également : Gallimard, Denöel et d'ailleurs, Phébus, Actes sud, Sabine Wespeiser, Gaïa, La Cosmopolite chez Stock, Gallmeister, 13e Note, Zulma, Picquier, Liana Levi, Viviane Hamy, Minuit. Vous savez tout. Le libraire est l'un des acteurs culturels qui apporte du lien, du partage. Alors, partageons mes chers lecteurs et chères lectrices !
Je vous présente mon choix sous forme de liste, autant de pistes, un avant-goût :
Les étrangers :
- Désolations, David Vann éd. Gallmeister, 23 € (Canada)
- Persécution, Alessandro Piperno éd. Lian Levi 22 € (Italie)
- Accabadora, Michela Murgia éd. Seuil (Italie)
- Accabadora, Michela Murgia éd. Seuil (Italie)
- Dire son nom, Francisco Goldman éd. Christian Bourgois 19 € (Etats-Unis)
- Les étoiles dans le ciel radieux, Alan Warner éd. Christian Bourgois 25 € (Ecosse)
- Room, Emma Donoghue éd. Stock 21,50 € (Irlande)
- Le pied mécanique, Joshua Ferris éd. Lattès 22 € (Etats-Unis)
- Sunset, Paul Auster éd. Actes Sud 19,50 € (Etats-Unis)
- La maison de Sugar Beach, Helen Cooper éd. Zoé 22 € (Liberia)
- Les oreilles de Buster, Maria Ernestam éd. Gaïa 24 € (Suède)
- Muse, Joseph O'Connor éd. Phébus (Irlande)
-Terezin plage, Morten Brask éd. Presses de la Cité (Danemark)
-Galveston, Nic Pizzolatto éd. Belfond (Etats-Unis)
- La répétition, Eleanor Catton éd. Denoël 22 € (Canada)
- Fauna, Alissa York éd. Joëlle Losfeld 22,50 € (Etats-Unis)
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- La répétition, Eleanor Catton éd. Denoël 22 € (Canada)
- Fauna, Alissa York éd. Joëlle Losfeld 22,50 € (Etats-Unis)
Les francophones :
- Le Turquetto, Metin Arditi éd. Actes Sud 19,50 €
- Inverno, Hélène Frappat éd. Actes Sud 16 €
- La faute de goût, Caroline Lunoir éd. Actes Sud 16 €
- Retour à Killybegs, Sorj Chalandon éd. grasset
- Les souvenirs, David Foenkinos éd. Gallimard 18,50 €
- Pas d'inquiétude, Brigitte Giraud éd. Stock 19 €
- Les villes de la plaine, Diane Meur éd. Sabine Wespieser 23 €
-Le héron de Guernica, Antoine Choplin éd. Le Rouergue 16 €
-Des fourmis dans la bouche, Kadhi Hane éd. Denoël 19 €
-La belle amour humaine, Lyonel Trouillot éd. Actes Sud 17 €
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