jeudi 6 mars 2014


Chapitre.com : ils campent toujours

12/02/2014 05:35
Les salariés se sont organisés pour tenir jusqu'à jeudi. - Les salariés se sont organisés pour tenir jusqu'à jeudi.Les salariés se sont organisés pour tenir jusqu'à jeudi.
Les salariés se sont organisés pour tenir jusqu'à jeudi.
Le combat des salariés de Chapitre.com s'est poursuivi, hier, dans les locaux du magasin de L'Heure tranquille appelé à disparaître prochainement. Depuis lundi (voir NR d'hier).
Les salariés ont décidé d'occuper les locaux pour protester contre le faible montant de la prime de licenciement proposée et contre le recours à des intérimaires pour vider les lieux.
Après une nuit passée sur des matelas à l'intérieur du vaste espace commercial, Damien, Séverine, Delphine, Émilie ou encore Aurélie débattaient, encore hier, du prochain comité d'entreprise exceptionnel au cours duquel le PSE doit être examiné.
Les salariés tourangeaux de Chapitre.com ont fait partager leur colère à la population à travers des pancartes affichées en vitrine. « On ne s'attendait pas à une liquidation aussi rapide, commentent les salariés. Et c'est outrageant de partir avec des primes aussi dérisoires après des années d'ancienneté. C'est de l'irrespect. »
Soutenus par des clients mais aussi par les autres commerçants de L'Heure tranquille et par l'Union départementale CGT, les salariés mobilisés ont également été reçus, hier après-midi, par Marie-France Beaufils, la sénatrice-maire de Saint-Pierre-des-Corps. Les salariés continuent à occuper les locaux du magasin jusqu'à jeudi.


Il s'appelle Jörg Hagen et il a le mérite de n'avoir aucun scrupule. En pleine rentrée littéraire, le patron de la filiale française du trust allemand Bertelsmann, qui règne sur les 59 librairies du réseau Chapitre.com (n°2 après la Fnac), vient d'accorder une interview tintinnabulante à «Livres Hebdo».
Il ne parle plus de livres, mais de « produits », plus de lecteurs, mais de «clients». Il condamne la variété de l'offre, obsédé qu'il est par «la diminution des stocks». Son objectif? «Vendre plus de best-sellers en les valorisant dès l'entrée du magasin !» C'est un businessman très séduisant.
Dans « Fahrenheit 2010 » (Stock, 16 euros),Isabelle Desesquelles le surnomme «Blondinet». Il est petit, nerveux, a«une voix de poulie qui grince» et, soucieux de rentabilité, «se fiche éperdument des livres».
Romancière sensible, Isabelle Desesquelles dirigeait la célèbre et centenaire librairie Privat, à Toulouse, que le groupe de Jörg Hagen a rachetée en 2005. En mars dernier, elle a demandé à être démissionnée. Elle avait l'impression de devenir «une poubelle». Ce métier qu'elle aimait tant, qu'elle pratiquait si bien, le big boss de Chapitre.com (rebaptisé ici Lachaîne) l'a dénaturé et l'en a dégoûtée.
Elle croyait à la vertu du temps, qui finit par récompenser les beaux textes aux tirages confidentiels ; elle voyait sa librairie comme «un lieu où le texte, né d'un tumulte intime, puisse respirer un peu». On lui a ordonné d'en faire un supermarché, d'y vendre en priorité «le Journal d'un vampire» et des piles de «livres burgers», de porter un gilet orange et de placer des cartes de fidélité.
Aujourd'hui, elle n'a plus de travail, mais elle a sa dignité. Erri De Luca, Marie Ndiaye et Jean-Paul Dubois, ses écrivains de chevet, viennent de perdre leur meilleure passeuse. Ce que Jörg Hagen préfère appeler «une caissière».
Jérôme Garcin


Librairie Chapitre : une semaine d'occupation pour cinq libraires tourangeaux

Dimanche 16 février 2014 à 17h09

Lundi 10 février à 20 heures, la librairie Chapitre de l'Heure tranquille fermait définitivement ses portes, faute de repreneurs. Depuis, cinq des 17 employés occupent les locaux nuit et jour. Ils retiennent les stocks de livres en espérant être entendus par la direction du groupe.

Les ex-employés de la librarie Chapitre de Tours.  © Fanny Bouvard - Radio France
Leur librairie devait tirer le rideau définitivement lundi 10 février à 20 heures. Mais cinq des 17 employés de la boutique Chapitre du centre commercial de l'Heure tranquille ont décidé d'occuper les locaux, répondant à un appel lancé par la CGT. A présent, la devanture de la librairie est recouverte d'appels à la solidarité et d'affiches retraçant l'histoire et la faillite de Chapitre. En France, en ce moment selon la CGT, des salariés de 10 librairies du groupe s'enferment nuit et jourdans leur librairie avec un seul objectif : retenir les stocks pour obtenir de meilleures indemnités.
"J'ai cinq ans d'ancienneté et on me propose comme seule indemnité un mois de salaire. Certes c'est légal mais franchement c'est honteux, on dirait une aumône," raconte Séverine, une ancienne employée de Chapitre.
"Nos dirigeants considèrent qu'on fait des soirées pyjama"
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Séverine, ex-employée de Chapitre, au micro de Fanny Bouvard
D'après le compte de la CGT, les stocks des boutiques occupées représenteraint 11 millions d'euros. "Largement de quoi mieux nous indemniser," souligne Delphine, libraire depuis 14 ans.
Pourtant, "tenir le siège" comme le dit Delphine, n'est pas de tout repos. Entre des rayons à moitié vides, ils ont installé des tentes et des matelas gonflables. Dans la salle de pause et les toilettes des employés, ils ont de quoi s'organiser: un micro-onde, un frigo et de l'eau. "Mais on se relaie, raconte Damien. Ne serait-ce que pour rentrer chez nous prendre une douche."
La vitrine de la librairie Chapitre de l'Heure tranquille à Tours.  © Radio France - Fanny Bouvard
Les cinq libraires mobilisés ont aussi été surpris de découvrir la solidarité s'organiser autour d'eux. "Des restaurateurs de la galerie nous ont apporté des repas, des passants viennent nous saluer ou laissent un mot sur la vitrine, et puis les syndicalistes et politiques locaux viennent nous voir aussi, détaille Delphine. Ca fait chaud au coeur!"
Mais pour l'instant, les ex-employés tourangeaux n'ont pas eu de nouvelles de la direction. Prochaine réunion entre syndicats et directionle 24 février prochain. D'ici là, ils sont bien décidés à ne pas quitter les lieux.

samedi 29 juin 2013

Nouvelle traduction de Walden de Thoreau

Une nouvelle traduction vient de paraître aux éditions Le mot et le reste, très bonne maison d'édition qui fait dans la contre-culture. Le résultat est fluide et contemporain. Du coup, on se rend compte à quel point l'auteur était un visionnaire. Les sujets abordés sont au centre des préoccupations de notre société. Thoreau a marqué toute une génération d'écrivains comme notamment la Beat generation qui a vu en Walden une réflexion écologique sur l'utilisation des ressources et la préservation des espaces sauvages. Il me semble que tous les grands auteurs américains de Nature writing furent indiscutablement influencés par la philosophie et l'oeuvre de Thoreau.
Brice  Matthieussent a traduit cet ouvrage. Il est le traducteur de John Fante, Charles Bukowski, Jim Harrison, Bret Easton Ellis, Richard Ford et bien d'autres grands auteurs anglophones. Il arrive à rendre ce texte plus accessible, en adoptant un registre moins soutenu. 

En voici un exemple :
Premier chapitre : économie
"Quand j'ai écrit les pages suivantes, ou la plupart d'entre-elles, je vivais seul au mileu des bois, à un mile de mon voisin le plus proche, dans une maison que j'avais construite moi-même, sur la berge du lac Walden, à Concord, Massachusetts, et je gagnais ma vie grâce au seul travail de mes mains. J'ai habité là deux ans et deux mois. A présent, je séjourne de nouveau dans la civilisation."

Ancienne traduction, chez Gallimard :

"Quand j'écrivis les pages suivantes, ou plutôt en écrivit le principal, je vivais seul, dans les bois, à un mile de tout voisinage, en une maison que j'avais bâtie moi-même, au bord de l'étang de Walden, à Concord, Massachusetts, et ne devais ma vie qu'au travail de mes mains. J'habitais là deux ans et deux mois. A présent me voici pour une fois encore de passage dans le monde civilisé."

jeudi 27 juin 2013

La Rentrée Littéraire 2013

C'est parti pour une rentrée littéraire éclectique comme d'habitude, pas très joyeuse, comme d'habitude. Voici ma sélection, la liste de la rentrée avec de belles lectures en perpective, des voyages aux quatre coins du globe avec l'Islande, l'Australie, l'Italie et les Etats-Unis. Mes préférences vont vers les éditions Actes Sud bien-sûr avec un nouveau Lyonel Trouillot et bien d'autres. Un programme réjouissant qui m'émoustille déjà !

Chez Actes Sud:
Lady Hunt d'Hélène Frappat (Inverno)
Une part de ciel de Claudie Gallay (Les déferlantes)
Danse noire de nancy Huston (Lignes de faille, L'empreinte de l'ange)
Confiteor de Jaume Cabré -Espagne-
Décompression de Juli Zeh (La fille sans qualités) -Allemagne-
Sinacol d'Elias Khoury (La porte du soleil) -Liban-
La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jérusalmy (Sauver Mozart)
La parabole du failli de Lyonel Trouillot (La belle amour humaine) -Haïti-
Chez Stock:
La servante su seigneur de Jean-Louis Fournier
En Cosmopolite
La vie à côté de Mariapia Veladiano -Italie-
Chez Flammarion :
La garçonnière d'Hélène Frappat (Le confident)
Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik (Les derniers jours de Stefan Zweig)
Chez 13e note :
Los Angeles Nostalgie de Ry Cooder (producteur du Buena Vista Social Club) -Etats-Unis-
Chez Belfond :
Transatlantic de Colum McCann (le titre me ravit déjà ! Les saisons de la nuit, Zoli) -Etats-Unis-
Chez Gallmeister : 
Compagnie K de William March -Etats-Unis-
Chez Julliard :
Les anges meurent de nos blessures de Yasmina Khadra (L'attentat)
Chez Sabine Wespieser :
Pietra Viva de Leonor de Recondo -Italie-
Chez Denoël :
L'épée des cinquante ans de Mark Danielewski (La maison des feuilles enfin réeditée) -Etats-Unis-
Chez Grasset :
La confrérie des momies de Metin Arditi (Le turquetto)
Le quatrième mur de Sorj Chalandon (Mon traitre)
Chez Christian Bourgois :
Esprit d'hiver de Laura Kasischke (Les revenants) -Etats-Unis-
Chez Picquier :
Princesse Bari de Sok-Yong Hwang
Aux Impressions nouvelles :
La tête haute d'Emmanuelle Lambert
Chez Anne Carrière :
L'envol du héron de Katharina Hagena (Le goût des pépins de pomme) -Allemagne-
Aux Presses de la Cité :
La femme à 1000° d'Hallgrimur Helgason -Islande-
Chez Zulma :
La lettre à Helga de Bersveinn Birgisson -Islande-
Chez Minuit :
Nue de Jean-Philippe Toussaint (La vérité sur Marie)
Dernier amour de Christian Gailly (Ce soir au club)
Chez Albin Michel :
Dans le silence du vent de Louise Erdrich (La malédiction des colombes) -Etas-Unis-
Concerto pour la main morte d'Olivier Bleys (Le colonel désaccordé)
La nostalgie heureuse d'Amélie Nothomb (très personnel et très bon cru cette année)

mardi 25 juin 2013

Retour après Quelques mois d'Absence...

C'est avec plaisir que je reviens écrire pour ce blog que j'ai longtemps dédaigné. Plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, je suis passée par une période sans lire. Je me suis orientée vers des expériences plus créatives comme la couture, le tricot et la peinture que j'avais laissés de côté. Une autre raison est sans doute liée à ma situation de libraire à ChaPitre. Je crois que j'ai fait un rejet en bloc de tout ce qui avait à trait aux livres. Vous savez sans doute que la situation des grandes surfaces culturelles se dégradent : Virgin en dépôt de bilan, Fnac en bourse, un plan de sauvegarde de l'emploi et des suppressions d'emplois conséquentes pour ChaPite. Travailler dans un tel contexte devient difficile. Des clients de plus en plus exigeants quant aux délais, des libraires tout juste bons à ne pas réfléchir, à ne pas conseiller mais à retourner le fonds, encore et encore, encore... jusqu'à une future fermeture peut-être mais en tout cas, jusqu'à la fin d'un modèle. Amazon a pulvérisé ce genre de commerces qui ne font plus la différence. 
La troisième raison est que c'est chaud d'actualiser son blog et d'avoir cette capacité à tenir dans la longueur. C'est contraignant et assez réducteur je trouve. C'est un marathon. Je me suis essoufflée. Mais la rentrée littéraire approche et j'ai retrouvé le goût de lire et j'ai renoué avec une curiosité qui m'avait larguée. 
Donc, la voici la belle rentrée avec l'arrivée de mon très cher et tendre écrivain : Colum McCann chez Belfond. Pour l'instant, c'est la seule info mais je vous en dirais plus la prochaine fois.  je vous présente juste ma sélection au Seuil :

La grâce des brigands de Véronique Ovaldé
L'échange des princesses de Chantal Thomas
et en étranger : 
Une enfance de Jésus de J.M Coetzee
Canada de Richard Ford
Le corps humain de Paolo Giordano
Idiopathie de Sam Byers 

dimanche 7 octobre 2012

Epais et tordu

Il est difficile pour moi de faire ce billet tant j'apprécie Manu Larcenet. Mes sens s'éveillent, sa profondeur, sa noirceur et ses tonalités résonnent en moi, me touchent et avivent des zones sensibles. Il me semble le connaître un peu, l'artiste de la famille et en même temps il me surprend. Eh oui, j'ai lu le troisième opus de Blast, après Grasse carcasse et l'Apocalypse selon saint Jacky, voici La tête la première. Une putain de claque. Ambitieux et réussi, courageux aussi. Ce que l'on reçoit du coup est dérangeant et éprouvant. Dans ce troisième tome où la violence est encore plus prégnante, on poursuit le récit du protagoniste, Polza Mancini toujours entendu par deux policiers dans l'affaire d'un homicide. Au fil des pages, on entre de plain-pied dans la vie chaotique de cet homme obèse, ancien écrivain gastronomique devenu clochard à la suite du décès de son père. Il est en vérité un personnage complexe, marginal, torturé, marqué par ses expériences d'une vie extrêmement dure. Un homme solitaire, qui apprend, ermite vivant dans les bois, qui expérimente, lit, se fait des trips, crie, victime, qui bouffe, bouffe, boit et se noie dans cette spirale névrotique... jusqu'au blast, phénomène transcendantal. Et jusqu'à l'auto-mutilation et l'enfermement psychiatrique. Est-il un sage ou un fou, c'est à vous d'en décidez. Pour moi, c'est un génie.
Je crie au chef-d'oeuvre et je dis Encore !!


Blast 3ème tome, La tête la première, Manu Larcenet éd. Dargaud 22,90 €

mardi 18 septembre 2012

Coup de Coeur pour Swamplandia

La famille Bigtree qui compte un père, le Chef, une mère célèbre dompteuse d'alligators, Hilola, une cadette, Ossie, un frère Kiwi et la dernière, la narratrice, Ava, gère un parc d'attractions qui jadis fut prestigieux et attirait les foules. Depuis la mort de sa star, le parc part en décrépitude. Secoué par cette disparition et par l'état de délabrement du site, chaque membre quitte le nid familial en empruntant des  voies aventureuses, obscures et parfois fantasmagoriques.
Avec une imagination débridée, cette odyssée initiatique aux allures de conte, aborde la perte de l'enfance avec pour décor, une Floride luxuriante et mystérieuse peuplée d'alligators et de fantômes.
Un vrai gros coup de coeur pour ce texte original qui parle de l'amour d'une fratrie, des transmissions consciente et inconsciente, de l'invisible et de la déperdition. Comment s'affranchir de sa peine ? Ici, le parti pris est le réalisme magique à  savoir le pouvoir créatif, poétique et fertile de l'esprit. Le résultat rappelle l'univers de Wes Anderson (la famille Tenenbaum ou Moonrise kingdom) mais également O'Brother des frères Coen ou Big fish de Tim Burton.
Indispensable de la rentrée !


Swamplandia, Karen Russell éd. Albin Michel 22,50 €